Créations audiovisuelles

Le pilote Les Enfants des Diablogues

Un pilote* de la mini-série intitulée Les Enfants des Diablogues a été réalisé durant les vacances scolaires de l’hiver 2013 au collège du Parc de Villeroy de Mennecy, en partenariat avec La Compagnie de la Tangente, Lumières des Cinés et Full Time Prod, grâce au soutien des sociétés TSF, bailleur de moyens techniques de tournage destinés aux professionnels du cinéma, de l’audiovisuel et de la publicité, et Passion Films la société de production de Josée Dayan. Quatorze sketchs ont été réalisés pour le pilote, cinquante à quatre vingt sont en prévision.

* un pilote est réalisé afin de convaincre des chaines de télévision d'acheter la série complète

Aujourd’hui, la drôlerie des sketchs des « Diablogues » de Roland Dubillard est scandaleusement soulignée par des acteurs enfants et adolescents qui se sont spontanément emparés de ce matériel pour créer leur propre monde, leur propre langage, exprimer leurs problèmes, et leur critique des adultes, tout en gardant le principe de « jouer un jeu ».

Les Enfants des Diablogues visent le grand Public, puisque l’originalité de ces sketchs joués par des enfants vous saisit d’un coup par son insolite et son comique.

Note sur « Les Enfants des Diablogues » de Philippe Ivernel

Avec « les Enfants des Diablogues », Maria Machado et son équipe de la Tangente viennent de franchir une étape décisive dans le développement de leur travail théâtral en milieu scolaire, auprès des collégiens et lycéens de Mennecy et des écoliers de Vert le Grand (Essonne). Le support textuel en est ici l'oeuvre multiforme de Roland Dubillard – au programme de l'Éducation Nationale. Les « Diablogues » de l'auteur prolongent, comme on sait, la longue série des célèbres sketchs «Grégoire et Amédée», enregistrés par France-Inter (alors Paris-Inter) dans les années cinquante. Ces diablogues décalés, ennemis de tout conformisme sont devenus aujourd'hui, paradoxalement, des classiques du répertoire comique français, repris ces derniers temps avec grand succès.

Un témoignage remarquable de J.P. Gorgeard, Principal du collège Le Parc de Villeroy, souligne l'intérêt pédagogique des ateliers-théâtre qui se sont tenus dans son établissement sous la direction de Maria Machado, épouse de Roland Dubillard, elle-même actrice et metteur en scène. Les élèves, écrit-il, « ont développé rapidement un plaisir à jouer avec les mots et à enrichir leur champ lexical. Ils ont adhéré très vite à la notion da surde nourrie par lauteur ... ce résistant linguistique», à l'heure des textos massacreurs. L'un des effets positifs de ces exercices « diablogués », remarquent d'autres témoins, est de libérer les enfants et les jeunes de la peur de s'exprimer, voire de la peur d'« être », purement et simplement.

Un Pilote a été réalisé comprenant quatorze sketchs joués par ces élèves de différents âges, qui paraissent se comprendre parfaitement à travers ce théâtre du langage, ou plus exactement : à travers ce langage qui se fait film, en perpétuelle métamorphose, comme le veut l'art de la performance, aux signes essentiellement instables et mobiles.

Les quatorze sketchs, ajoutera-t-on, forment l'embryon d'un ensemble autrement plus vaste, auquel devrait s'intéresser la télévision.

Le Pilote permet de constater la résolution avec laquelle la jeune classe s'empare de ces diablogues. Une résolution dans laquelle entrent à la fois amusement et étonnement, mieux encore : la conscience de ce que peut être la dynamique de l'expression et de la communication, s'inventant et se réinventant d'un mot à l'autre, d'un geste à l'autre, c'est- à-dire, d'instant en instant, comme à neuf. Ce langage perpétuellement recommencé bat en brèche le langage codifié où les messages échangés sont en quelque sorte entendus par avance, déjà tout faits, comme le prêt-à-porter. Au total, il s'agit moins d'abolir la norme instituée que de mettre au jour sa mutabilité (sa naissance, son devenir, sa péremption), les lois de sa fabrication, et les nécessités de sa mise en question : en un mot, son historicité.
Aussi prennent leur essor, dans la jeunesse mise en scène et filmée, la critique interrogeante, l'imagination productive, et l'improvisation expérimentale. Il est arrivé à Roland Dubillard de parler à propos de ce qu'il ne veut pas considérer comme son «oeuvre», mais comme son «expérience», de «construction destructive ». Cette formule met bien en relief le travail de l'auteur sur le langage. Ici, l'esprit traverse la lettre, mais ne s'y arrête pas. Il la fait au fur et à mesure qu'il la défait, et la défait au fur et à mesure qu'il la fait. La norme, ainsi, s'ouvre sur l'énorme et si l'on veut bien admettre ce néologisme, sur l'anorme.

Philippe Ivernel, Août 2013 

Pilote "Les Enfants des Diablogues"
Pilote "Les Enfants des Diablogues"
Pilote "Les Enfants des Diablogues"
Pilote "Les Enfants des Diablogues"
Pilote "Les Enfants des Diablogues"
Pilote "Les Enfants des Diablogues"